Tais-toi, Christine.

Aujourd’hui, la RTBF a choisi de publier un article sur la bisexualité, écrit par Christine Gobert. Je ne vais pas adoucir mon ton, car le respect ça va dans les deux sens et cet article me crache joyeusement à la gueule.

Le titre a été modifié, il y a quelques heures, c’était :

“La bisexualité est-elle une mode ?”

Dans QUEL MONDE est-ce acceptable de se demander si une orientation sexuelle est une “mode” ? Mais déjà, tais-toi Christine. L’URL garde ce titre d’ailleurs. Mais maintenant c’est :

“Oser affirmer sa bisexualité”

ce qui nous fait penser que ca va être un article bienveillant. Sauf que non ! Ne cliquez pas dessus, jeunes personnes bies, ça va seulement vous faire du mal.

Est-ce qu’on peut parler de ce qu’il y a écrit sous cette image ? Est-ce “un bien pour nos ados” ? On est vraiment dans le questionnement “devons-nous protéger les enfants du lobby LGBT” en 2021 ?

“Ces 2–3 dernières années, nombreuses sont les stars — souvent féminines et hollywoodiennes — qui ont affirmé haut et fort leur bisexualité”

En effet, les personnes ouvertement bies sont souvent féminines, car le stigma est atroce pour les hommes. Mais l’article ne va pas explorer ce sujet, on va juste poser ça là.

Les stars sont bies depuis toujours. Mais plus la société évolue, moins les gens se cachent, et plus les médias commencent à en parler en respectant nos termes.

“Mais au-delà de cette nouvelle “ visibilité “, qu’en est-il de la proportion d’individus véritablement concernés ? Les jeunes sont-ils moins “ définitivement hétéros “, ou moins “ résolument homos “, que nous l’étions à leur âge ? Le récent “ sursaut bi “ n’est-il qu’un mirage, une illusion d’optique ? Ou un véritable levier de libération de l’identité sexuelle des ados ?”

Alors, on existe ou pas ? C’est ça la question que tu te poses ? Sommes-nous une illusion d’optique ? Tu parles d’êtres humains, Christine. Tu te rends compte de ça quand tu parles de mirage ? Le paradoxe des clichés me surprend encore : d’un côté on existe pas, mais de l’autre, tout le monde est un peu bi.

“Avec Nicolas Zdanowicz, psychiatre, chef de service et Professeur à l’UC Louvain et David, jeune trans et pansexuel.”

Parce que c’est IMPOSSIBLE de parler d’orientation sexuelle sans amener la psychiatrie, c’est bien connu. Et même si l’article est supposé parler de bisexualité, on ne va prendre personne de concerné. David est pan, mais je suppose que pour Christine, qui admet être un peu perdue, c’est kif-kif.

Alors on ne comprend pas ce que ca vient faire là dedans mais Christine vient nous expliquer que :

“David se sent homme, a vécu une bonne partie de sa vie en tant qu’homme mais il est pourvu d’organes génitaux majoritairement féminins.”

David est un homme. Il ne se sent pas homme et ne vit pas sa vie en tant qu’homme, c’est un homme. Les hommes trans sont des hommes. Ses organes génitaux ne nous regardent pas, mais s’ils sont “féminins”, c’est seulement parce qu’on les désigne de la sorte, car les hommes peuvent avoir des vulves et des vagins et des règles, ce n’est pas l’apanage des femmes.

“L’identité sexuelle a été psychiatrisée jusqu’en 1980, environ. La norme était d’être hétérosexuel, toute autre identité étant considérée comme pathologique. Heureusement, les choses ont changé, dans les classifications psychiatriques, il reste la dysphorie de genre.”

Les choses ont changé mais tu invites quand même un psychiatre dans ton article.

Et je pensais qu’on parlait de bisexualité mais là on va aller dans la dysphorie de genre ?

“La dysphorie de genre est une divergence qui existe entre le sexe anatomique d’une personne et son sentiment profond d’appartenir à un genre. C’est par exemple un ado qui se découvre homosexuel mais qui n’est pas à l’aise avec son homosexualité.C’est une difficulté d’adaptation de soi à soi. La tête dit qu’on est femme alors que les organes génitaux sont masculins. On est alors mal à l’aise par rapport à son orientation sexuelle dans la tête et dans son corps.”

Ah. Tu confonds l’identité de genre ( =homme, femme, non-binaire,…) et l’orientation sexuelle ( =bi, lesbienne, gay,…).

“Il y a très peu d’études réalisées mais 80% des ados interrogés se déclarent hétérosexuels et 10% seulement, homosexuels. Dans les 10% restants se trouvent les bisexuels, les trans et autres.”

On fait comment si on est hétéro et trans ? Plus sérieusement, ce n’est pas acceptable, lors de la publication d’un article, de ne pas référencer les études qu’on mentionne. Car là, on ne sait pas d’où sortent ces chiffres. Qui a réalisé cette étude ? En quelle année ? Sur combien de personnes ? Dans quel pays/contexte politique ? Avec quelles limites ?

Ma règle d’or, que je conseille vivement d’appliquer, est que s’il n’y a pas de référence d’une étude mentionnée, j’estime que c’est lae journaliste qui a interviewé ses 5 petites cousines et appelé ça “une étude”.

“La médiatisation de la bisexualité par les “ people”, un bien ?”

C’est dangereux qu’on parle de bisexualité dans les médias ? C’est vraiment ça ta question ? La manif pour tous se demande où tu es Christine, c’est l’heure de votre réunion Zoom.

“Certains disent que la bisexualité comprend également la pansexualité, certains pansexuels disent que non, bisexuel est limité à homme ou femme et pansexuel est beaucoup plus large.

On peut juste résumer : les pansexuels et les bisexuels aiment qui ils veulent.”

OU ALORS, avant de résumer, tu demandes à une personne bie ce qu’elle en pense ? Tu sais, le sujet de ton article, que tu as rédigé sans nous interviewer ? Ou tu te renseignes un peu sur l’histoire du mouvement bi, tu lis le Manifeste Bisexuel de 1990? Jsais pas, des idées, hein.

“Auparavant, un trans devait passer par une consultation pour obtenir un traitement hormonal. Il arrivait même qu’on payait une consultation psy pour s’entendre dire que la personne n’était pas trans mais souffrait d’un syndrome psychiatrique. Heureusement, on n’est plus là-dedans. Maintenant ce ne sont plus les psys qui décident sauf pour les interventions chirurgicales. Ça fait partie d’un processus.”

Ca fait partie d’un processus médical pathologisant qu’on doit remettre en question, mais encore une fois, on va poser ça là et ne plus en parler.

Pour conclure

J’ai l’impression que tu voulais faire un article bienveillant sur la bisexualité, et tu t’es perdue en route. Les personnes trans (et pas “les trans”, d’ailleurs) ont attiré ton attention, et tu as fini par tout mélanger et par entrer dans la non-binarité sans être trop préparée.

Je ne suis pas fâchée parce que tu t’es trompée. Ca arrive. Ma réaction n’est pas personnelle. Tu es sûrement une chouette personne avec plein de chouettes intentions. Mais je suis fâchée car ce que tu as fait, c’est dangereux. Comprends qu’on a peu de visibilité médiatique. Comprends qu’on subit de la biphobie. Comprends que tu as une plateforme énorme, et que tu diffuses des questionnements qu’on s’acharne à évincer (une mode ? vraiment ?). Comprends que tes réflexes (inviter un psychiatre et pas une personne concernée) nous font mal, car ils s’inscrivent dans une longue histoire que tu n’as pas pris le temps d’étudier.

Je ne vais pas te mentir, Christine, je n’ai pas écouté ton émission intitulée “la bisexualité, une mode” qu’on retrouve en fin de l’article. Parce que :

  1. ton titre me donne envie de brûler la RTBF
  2. je n’ai pas envie d’être en rage pendant 35 longues minutes
  3. ton article m’a suffit à réaliser que tu n’étais pas, à ce moment précis, capable de traiter de ces questions.

Alors que faire maintenant ? Répare ton erreur. Supprime ton article. Rédige des excuses comme ça celleux qui l’ont lu savent qu’il était bourré de clichés et d’informations erronées. Fais-en un nouveau, où tu t’effaces et tu donnes la parole à des militant·es bies (si c’est ton sujet) ou trans (si c’est ton sujet) ou non-binaires (si c’est ton sujet). Mais commence peut-être par définir ton sujet.

Pour sortir de ma colère et aller vers quelque chose de constructif, j’en profite pour vous annoncer que j’ai préparé une série de mini articles sur la bisexualité ! Please, allez les lire, on a besoin d’alliés informés ! ❤

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