Je m’en bats les ovaires de l’Académie française.

Je ne veux plus jamais qu’on me sorte “oui mais d’après l’Académie française…” quand j’emploie un terme militant ou l’écriture inclusive. Je n’en ai rien à faire. Vraiment. Voici pourquoi c’est la plus risible des références.

Il était une fois, une Académie composée de mecs cis blancs qui avait pour but de créer 4 ouvrages : un dictionnaire, une grammaire, une poétique et une réthorique. Ces deux derniers n’ont jamais vu le jour. La grammaire est parue après 296 ans d’attente (littéralement) pour ensuite être tellement critiquée qu’elle ne sera pas renouvelée. Il nous reste donc…

…le dictionnaire, cette grosse blague.

Contrairement à d’autres dicos, il a un but normatif et non descriptif, cela signifie qu’il ne t’explique pas les mots que tu emploies déjà, mais plutôt qu’il fait une sélection des mots que tu devrais employer. Déjà, c’est relou.

Leur dernier ouvrage complet date de 1935. L’actuelle version est en cours d’écriture depuis 1986. A la pointe de la technologie (tu sens mon ironie ?), l’Académie poste son avancement en ligne au fur et à mesure. Mais comme ils n’ont toujours pas fini, tu peux juste consulter un dico de A à R. Oublie les autres lettres pendant les 50 prochaines années, on ne les aura pas : ils ont une moyenne d’un dictionnaire par siècle.

Leur lenteur pose un problème : comme la langue s’enrichit constamment, les Académiciens doivent sans cesse revenir en arrière pour ajouter des mots entre les définitions déjà publiées. L’absurdité de cette situation rend incompréhensible son prestige actuel et l’importance que lui accordent les médias.

Qui sont les Académiciens ?

Les Académiciens sont probablement les derniers qui devraient avoir leur mot à dire sur l’orthographe : ses membres sont principalement des hommes qui ne sont “ni grammairiens, ni linguistes, ni philologues — et pas toujours écrivains” (pour citer Candea et. al).

Un seul académicien a été linguiste. Il est mort en 1903. C’est que les linguistes préfèrent travailler en dehors de l’Académie…et souvent contre elle. Par contre, il y a eu un biologiste et un théologien. Le rapport entre ces expertises et la langue ? Choucroute. Bref, ce qui unit tous les académiciens, ce ne sont pas leurs compétences sur le français, mais plutôt leur classe sociale et leurs opinions politiques réactionnaires.

L’Académie n’a aucun pouvoir

…à part celui de me faire lever les yeux au ciel dès qu’on la mentionne.

Pourtant, elle existe encore. Elle boude quand on réforme l’orthographe ou qu’on emploie un mot féminin (chirurgienne, par exemple, ça lui fait mal aux oreilles). Mais ses réactions ne sont que symboliques : en France, ce sont des ministères (comme celui de l’Education Nationale) qui déterminent les réformes de la langue. En Belgique, c’est la Fédération Wallonie-Bruxelles. Progressiste, la FWB a publié en 1993 un décret qui rend obligatoire la féminisation des noms de métiers sur tous les documents produits par ses administrations ainsi que par les institutions qu’elle subventionne. Pour faciliter la tâche, cela s’est accompagné d’un guide de féminisation, auquel l’Académie française a réagi par une lettre enflammée, s’offusquant notamment du terme « la juge » que l’institution qualifie de féminisation « abusive et choquante ». C’est qu’ils sont fragiles, en plus.

Leur inutilité n’est pas gratuite

Tu t’en fiches de l’Académie ? Tu as bien raison, perso je me fais une joie de les ignorer. Alors pourquoi je m’y attarde ?

  1. Pour qu’on arrête de me parler de ces zozos dès qu’il y a un débat linguistique
  2. car les taxes des Français, qui pourraient servir à la santé, à l’éducation ou encore aux transports publics, subventionnent cette institution. Une rapide recherche sur Google pour sortir quelques chiffres (de 2013) :
    - l’Etat a versé un total de 989 590 € à l’Académie française cette année-là
    - l’indemnité annuelle des académiciens va de 5241€ à… 15 727 €

Je suis un peu sur le cul qu’on puisse gagner de l’argent pour un demi-dictionnaire pas à jour et des déclarations d’une ignorance et d’un sexisme pénible, produites par des hommes dont l’incompétence et l’inutilité ne parait déranger personne.

Mais si cela t’intéresse, il reste des places libres : les 40 sièges ne sont jamais tous occupés, car leur processus de nomination est trop long pour compenser le rythme des décès de ses membres... qui ironiquement, s’auto-surnomment “les Immortels”.

Pour finir ma tirade sur ces clowns, je voudrais quand même vous partager le fait que ces bonshommes se croient tellement importants qu’ils se prennent en photo avec des capes et des épées décoratives faites sur mesure. Rendez-vous compte que ce sont ces gars-là qu’on me sort comme référence absolue à chaque débat sur le français. Non mais je rêve.

Image du point.fr, défigurée par mes soins

Si malgré tout ça, tu veux respecter l’Académie française…

Chacun·e son avis, franchement. Mais note que le mot follower a été traduit par l’institution par Acolyte des illustres. Donc si c’est eux ta référence, j’espère juste que tu les suis jusqu’au bout ;)

Références aka le moment Lecture avec Billie

Le moment Lecture Avec Billie
  • Candea, M., Chevalier, Y., Duverger, S., Houdebine, A., Viennot, E. (2015). L’Académie contre la langue française. Le dossier « féminisation »
  • Candea M. et Véron L.(2019). Le français est à nous ! Petit manuel d’émancipation linguistique.

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