Je ne sais pas s’il existe une plus grande frustration que celle d’une mort qui aurait pu être évitée.

Aujourd’hui, Louiza est décédée. Elle a été assassinée par son ex-mari, contre qui elle avait porté plainte plusieurs fois — des plaintes qui n’ont pas été prises au sérieux.

Aujourd’hui, nous pensons à elle, à ses proches, et particulièrement à ses trois enfants.

Mais en Belgique, nous n’avons pas le luxe d’être uniquement en deuil. Nous devons rapidement retrousser nos manches et faire le travail que l’Etat refuse obstinément de faire : attribuer à Louiza le numéro 17.

Elle est la 17ème victime de féminicide cette année. Dans d’autres pays, les féminicides sont entrés dans le code pénal en tant que condition aggravante. En Belgique, on ne recense même pas les chiffres.

Nous devons compter nos propres mortes. Nous devons fouiller la presse, en sachant que certains cas ne seront pas relayés par les médias et resteront dans l’ombre.

En trois ans de travail, des féministes ont comptabilisé 122 victimes. C’est une moyenne de trois assassinats par mois. Si les personnes qui s’occupent de Stop Feminicide Belgium n’étaient pas là, la Belgique n’en aurait aucune idée.

Ministres, dites-nous merci. Dites-nous merci du travail acharné et gratuit que nous fournissons pour pallier à votre immobilisme.

Alexander De Croo, avant d’écrire le tome 2 de votre livre “Le siècle de la femme”, essayez plutôt d’écouter nos revendications. Vous bafouez la Convention d’Istanbul, vous détournez le regard.

Pourtant, on met nos mortes sous vos yeux. On placarde leurs noms sur les façades de la ville, on secoue les réseaux sociaux, on hurle de rage dans la rue. Vous ne pouvez plus prétendre ne pas savoir, vous êtes délibérément en train de nous ignorer, d’ignorer nos cris, notre colère, nos droits. C’en est assez. Quand aurons-nous des chiffres officiels ?

En attendant, nous n’avons pas le choix. Nous arpenteront encore les rues, aussi longtemps qu’il le faudra, aussi fréquemment que nécessaire, jusqu’à ce que les mentalités changent, jusqu’à ce que le machisme n’assassine plus, jusqu’à ce que l’Etat coopère.

Aujourd’hui, un féminicide s’ajoute à notre liste. Louiza est morte. Et la Belgique est complice.

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